Vince Perri, un businessman de Miami, observe son fils jouer a la NES. Il est intrigué par le jeu pirate taïwanais « 40 jeux en un » inséré dans la console. Selon lui, tous les amis de son fils et les enfants du voisinage étaient fous de cette cartouche au rapport quantité/prix imbattable. 40 jeux pour le prix d’un? Si ces taïwanais en étaient capable, alors lui aussi ! Il décide de concevoir un produit similaire, mais légal, et le vendre comme une compilation de jeux a la rejouabilité infinie. Quatre étudiants codeurs sur leur temps libre sont engagés pour développer le produit : Action 52 est né. Sur le papier, 52 jeux aussi passionnant les uns que les autres, culminants sur une mise en abîme où le joueur est capturé par la console et devra compter sur les mascottes de la cartouche pour l’aider, les Cheetahmen.



Évidemment crées pour surfer sur la popularité des Tortues Ninjas, les Cheetahmen, trois guépards mutants altérés par un scientifique fou, sont envisagés au centre d’une franchise comportant des comics, des figurines, une série TV, des jeux vidéos, une mascotte grandeur nature… Chacun des membres du groupe est bien distinct, reprenant peu ou prou les archétypes des tortues : l’un est fort et stoïque, l’autre rapide et blagueur, et le le dernier est le leader a la tête froide, leur nom étant inspiré de la mythologie grecque au lieu d’être une référence aux artistes de la renaissance. Le scientifique quant à lui ressemble assez au fameux Dr Morbius de Marvel, reprenant son nom de manière peu déguisée ainsi que vaguement son apparence. On peut souligner aussi le plagiat de « It Takes Two » de Rob Base & DJ E-Z Rock pour la musique d’intro.

Malheureusement pour ce projet cross-média, Action 52 est extrêmement mauvais. Criblée de bugs, la compilation offre 52 jeux quasiment injouables, sans aucun intérêt ludique (une grosse moitié étant copiés collés avec des graphismes différents), quand certains ne démarrent pas du tout : le Cheetahmen éponyme n’a d’ailleurs aucune conclusion et se fini en 10 minutes chrono. La faute vient de l’incompétence et de l’ambition du projet complétement insensée, Vince Perri laissant trois mois a quatre développeurs amateurs pour concevoir 52 jeux uniques de A à Z (de leur aveux, une fois un jeu terminé, il n’était pas testé pour les bugs par manque de temps). Comble de l’arrogance, la cartouche était vendue 200$ car, vous comprenez, il y a 52 jeux dessus ! Ce fut évidemment un échec retentissant, et Vince Perri s’est retiré instantanément du marché du jeu vidéo, n’ayant laissé aucune trace de son existence après 1993 et abandonnant dans les abîmes tous les produits dérivés envisagés. On ne sait pas ce qu’en a pensé son fils.
Le jeu devenant notoire sur internet dans les années 2000 de par l’absurdité de son existence, les quatre développeurs ont été retrouvés et prennent avec humour la réputation de leur produit, même si ils dénoncent les mauvaises contraintes de développement imposées par Perri dont la tyrannie rivalisait avec l’incompétence.
En 1996, le prototype d’une suite conçu en 1992 sobrement nommée Cheetahmen 2 a été découvert dans un entrepôt, occultant complétement l’idée d’une compilation pour se concentrer sur son trio anthropomorphique. Là ou Action 52 est surtout connu pour la vanité de la production, celui-ci est devenu beaucoup plus culte que son ainé grâce a des bugs exacerbés qui rendent l’expérience complétement absurde : il est possible de voler en sautant a certains endroits, un des boss se suicide si on esquive sa ruade, on peut mourir en touchant le ciel, il y a deux niveaux trois… Après que la rom ait fuité dans les années 2000 (la cartouche étant très rare et donc très couteuse chez les collectionneurs), Cheetahmen 2 est devenu un classique des jeux pourris.
D’après des documents promotionnels, un Cheetahmen 3 aurait été prévu en 1994. Vu l’état du second épisode il est peu probable qu’il existe, et encore moins en tant que prototype jouable (ce même document affirme sans sourciller que Cheetahmen 2 est disponible a la vente, ce qui n’a jamais été le cas).
Le dernier soubresaut sera finalement une médiocre version Megadrive d’Action 52 sortie en 1993 dans l’indifférence générale, après le rachat de la licence par FarSight Entertainment, avec le retour de deux des développeurs initiaux pour superviser le projet. Dans une conclusion sans fanfares à la saga, les Cheetahmen sont maintenant un mini jeu insignifiant parmi d’autres.
La seule exception dans ce projet catastrophe est le thème musical des Cheetahmen, très bon et mélodieux pour la console, dénotant totalement avec la médiocrité ambiante du titre. Il a été composé par Mario González, un des étudiants engagés par Perry.
Du fait de son apparition dans le romhack parodique Cat Mario au début de l’année 2007, cet hymne ultra entrainant est devenu culte, étant remixé a toutes les sauces avec plus ou moins d’inventivité. Comme souvent, le premier exemple vient de nos amis japonais qui savent manier l’absurde à des niveaux divins : en décembre 2007 sort le CD doujin Cheetah in the Dark, centré sur nos guépards favoris, par le collectif Dangerous Mezashi Cat (CD complet disponible ici).
Une playlist avec mes remix favoris (malheureusement beaucoup de ces vidéos ont disparues avec le temps) :
Un projet de remake nommé « Action 52 OWNS » a été entamé mais jamais terminé : chaque mini-jeu devait être développé par une personne différente, mais la plupart n’ont jamais concrétisé leur part. Ici un exemple avec le remake de Bubblegirl Rozy qui ressemble a un proto Celeste : pour l’anecdote, Rozy est le nom de la petite amie de Mario González. On peut les trouver ici.
Pour énoncer les défauts de chaque jeux et la qualité globale de la cartouche, rien de mieux que les vidéos de l’AVGN sur le sujet (des sous titres français sont disponibles). Il sera d’ailleurs un des acteurs malheureux d’une arnaque autour de la réédition de la cartouche de Cheetahmen 2, mais c’est une autre histoire.
