Neversoft’s Spider-Man (Multi-Supports, 2000)

Après avoir développé les deux premiers épisodes de la saga Tony Hawk’s Pro Skater, qui ont a eux seuls défini les jeux de skate et contribué au retour en popularité de la discipline, Neversoft ont obtenu carte blanche pour produite un jeu sur le sujet de leur choix. Ce fut Spider-Man, profitant du fait qu’Activision possédaient déjà les droits pour le personnage. Il fera d’ailleurs auparavant une apparition dans Tony Hawk’s Pro Skater 2 en tant que personnage jouable, lançant une tradition de caméos improbables dans la série (comme déjà brièvement expliqué dans mon article sur Revenge of Shinobi).


Puisant dans le comics des années 90, avec la reprise des costumes de celui ci et une grosse importance donnée aux symbiotes, tout en s’inspirant directement de certaines storylines, Neversoft’s Spider-Man se veut une continuation directe de son support d’origine, le game director étant un énorme fan du tisseur, ayant lu une grosse partie de ses aventures dans sa jeunesse.

Le combat contre Scorpion est directement tiré des pages de sa première apparition, où il détruit le bureau de Jameson en le poursuivant.

Pour coller au plus près au monde des comics, la narration est assurée par nul autre que Stan Lee, dans ce qui constitue un de ses premiers caméos (étant apparu auparavant dans les téléfilms de la série Hulk et dans Blade). Il se présente ici non pas comme un personnage mais comme Stan Lee lui même, reprenant son style de narration bien connu, où il use de superlatif semi-ironiques pour appâter le chaland dans les kiosques.

Le style de narration auquel rend hommage les interventions vocales de Stan Lee.

Saisissant l’opportunité de pouvoir faire un jeu sur le seul personnage encore populaire de Marvel a une période où tous les autres personnages de la firme sont en perte de vitesse (suite au crash de l’industrie du comics en 1996, Marvel est tombé en faillite ; longue histoire), les développeurs de chez Neversoft ont pu insérer des tas de caméos sans coût supplémentaire. On peut noter Daredevil, un habitué des aventures de l’araignée (chacun s’occupant d’un quartier différent de New York) ou une intervention complétement gratuite du Punisher qui ne servira qu’à faire référence a sa première apparition dans les pages d’Amazing Spider-Man #129 où dans les deux cas il observe Spider-Man via la lunette de son fusil sniper.

Le sniper de Punisher dans le jeu.
Le sniper de Punisher lors de sa première apparition.
La musique de l’écran titre est un remix du fameux générique de la série Spider-Man des années 60.

Plusieurs dialogues font également référence a des éléments subtils du passé des personnages, tel Black Cat souhaitant ardemment aider Spider-Man malgré son manque de capacités surhumaines, et qui à terme lui permettra d’obtenir la capacité de voler la chance de ses adversaires. En tout pour tout, c’est une trentaine de personnages d’origines très diverses que l’on pourra observer ; cependant, la majorité d’entre eux ne seront que des cibles dans le mode entrainement ou apparaissent brièvement dans un mode bonus accessible via un cheat code.

Les ennemis manquants de l’araignée apparaissent dans le mode « tirs aux cibles ».

Dans le mode bonus « What If », pour reprendre la fameuse série de comics du même nom ayant pour principe de montrer des événements alternatifs changeant complétement le destin des personnages, l’histoire est altérée pour rajouter des blagues et des situations improbables. Uatu le gardien est d’ailleurs présent, comme dans les comics, pour expliquer les ramifications de cette nouvelle expérience. C’est ici que se feront la plupart des caméos du mode histoire.

Un exemple de What-If : et si l’oncle Ben n’était pas mort.
Uatu le gardien apparait pour indiquer au joueur qu’il entre dans une version alternative des événements.
En accédant a un raccourci caché, il est possible de voir le Silver Surfer.
Ghost Rider roule le long d’un bâtiment au loin.
Étrangement absent du mode histoire malgré des ennemis reptiliens dans les égouts, le Lézard apparait uniquement dans le mode What If pour indiquer la solution du labyrinthe (ce qui est d’autant plus drôle car il semble réciter la soluce tant son dialogue n’est pas naturel).
Namor observe le combat final contre Carnage.

Il y a également beaucoup de référence au développeur lui même, ou a Tony Hawk’s Pro Skater 2.

Le nom du développeur apparait sur ce bâtiment.
Une vidéo de Tony Hawk’s Pro Skater 2 est jouée sur la TV de Jameson !
En montant sur ce panneau, Spider-Man déclare : « Tony Hawk? J’ai fait du skate avec lui! »
Une pub dans le métro, accompagnée d’une autre apparition du Lézard sous la forme d’une couverture de comics.

Le caméo le plus improbable étant sans conteste Joël James Jewett, co-fondateur de Neversoft, qui remplace ici J Jonas Jameson, ayant les mêmes initiales, et se faisant également martyriser par le Scorpion.

Une photo d’un autre employé de Neversoft, Kevin Mulhall, apparait lors du combat contre Docteur Octopus en mode What If.

Enfin, selon une beta du jeu, Tony Hawk devait être jouable comme un des costumes ; il y a même une réplique de Stan Lee défiant le joueur de faire un 900. Il a sans doute été coupé pour des soucis de droit à l’image.

Dernier easter egg notable, dans le niveau des quais est caché un « No-Prize » parmi la cargaison. Pour faire court, il s’agissait d’une lettre vide qu’envoyait la rédaction de Marvel quand un lecteur découvrait une incohérence ou une erreur de continuité dans les histoires. Originellement une blague, ces lettres sont devenues des objets de collection prisés. C’est donc un double easter egg, car il récompense le fait que joueur ait recherché inutilement une caisse cachée dans le décor par une référence absurde mais pertinente.

Il y a bien plus de changements que je n’ai pas énoncé ici (car pas forcément judicieux), voici une vidéo qui les recense tous :

Peut-être l’easter egg le plus connu du jeu, si on écrit une insulte dans le menu des mots de passe, Spider-Man frappe le mot pour le changer par un mot plus sympa. Ce n’est que sur la version américaine cependant, en version française le mot ne change pas (mais Spider-Man le frappe quand même).


En conclusion, on peut observer que Neversoft’s Spider-Man est un vibrant hommage a sa source, avant d’être sa propre œuvre, ce qui n’est pas plus mal au fond, étant un des seuls produits dérivés a être aussi fidèle au support d’origine de son personnage. Le jeu rappelle sans cesse que l’univers Marvel est interconnecté et que ses personnages se croisent fréquemment, s’inscrivant même avec un peu de bonne volonté dans la continuité de la terre 616 (rien ne le contredit concrètement), là ou on est plus habitué depuis a des adaptations mercantiles des différentes itérations cinématographiques et télévisuelles où chaque héros semble être un anomalie solitaire dans un monde où il est le seul possédant des super pouvoirs. On peut aussi noter dans cette mouvance, et pour être exhaustif avec le sujet de cet article, Ultimate Spider-Man sorti sur la génération suivante, canon avec le comics qu’il adapte, ou Spider-Man Shattered Dimensions qui reprends plusieurs incarnations existantes du tisseurs dans peut-être la première adaptation du multivers en dehors des pages de la bande dessinée.

Pas mal de mes infos viennent de cette vidéo, je la partage donc.

Petite anecdote bonus : une version spéciale du jeu proposant la tenue du premier film Spider-Man de Sam Raimi a été offerte dans les paquets de céréales Kellogs. Pas grand chose à dire dessus, il s’agit simplement d’une petite curiosité (un mod distribué officiellement) qui serait tombé dans l’oubli sans les curieux d’internet.

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