David Bowie dans le metavers (1995-2000)

Durant cette période, Bowie participera également au jeu Omikron : The Nomad Soul, sorti en 1999 sur PC et Dreamcast.

Première production Quantic Dream, depuis responsables de jeux cultes comme Heavy Rain ou Detroit : Become Human, Nomad Soul est une curiosité s’inscrivant parfaitement dans la « french touch » des jeux vidéos français des années 90 tels Rayman, Alone in the Dark ou Heart of darkness, des jeux hors normes a l’aspect artistique et novateur très prononcé (pour rester dans le thème, il y avait également un « metavers » français dans la même période que Worlds.com, Le Deuxième Monde). Ainsi, il mélange les genre, hybride entre monde ouvert et FPS, proposant une ville intégralement explorable en 3D qu’il faudra arpenter pour résoudre des énigmes (même si on est plus proche ici de Shenmue que de GTA 3), l’univers dépeint étant une sorte de monde cyberpunk me faisant beaucoup penser aux œuvres cultes de Metal Hurlant. Tout le projet est d’autant plus impressionnant que David Cage, compositeur de métier, n’avait jamais crée de jeu vidéo auparavant.

Petits spoilers sur l’intrigue dans le paragraphe suivant et les deux screenshot :

Sans préambules, l’intro nous montre un individu inconnu surgir de l’écran et demande de l’aide : sa dimension est en danger, et il a besoin que quelqu’un investisse son corps pour combattre à sa place dans son monde. Sans savoir ce que cette aventure lui réserve, le joueur n’a pas d’autres choix que d’y envoyer son « âme ». On découvrira, au fil des indices, que cette proposition était en fait un piège fomenté par une entité malfaisante voulant capturer les âmes d’individus extra-dimensionnel via un appel à l’aventure, en leur faisant croire qu’elles rejoignent une partie de jeu vidéo. Le joueur devra trouver un moyen de vaincre un démon millénaire, en possédant les corps de divers individus aux capacités uniques, pour enfin retourner dans son corps originel.

Mais où se cale David Bowie dans tout ça? Et bien, il a deux rôles. Son premier est celui de Boz, pirate informatique renégat ayant transféré sa conscience sur internet. Son second est le leader d’un groupe de rock illégal, The Dreamer, dont il sera possible de voir les concerts à des endroits clefs de la ville. Il prête ses traits aux personnages via la motion capture et double intégralement tous ses dialogues. On peut y voir une volonté de triturer le concept même d’identité, comme tant de fois dans sa carrière, en devenant ici non pas un personnage de jeu vidéo mais un personnage virtuel dans un jeu vidéo, renforçant la mise en abîme. On peut aussi y voir un rappel aux rôles phares de Bowie comme Ziggy Stardust ou le leader des Diamond Dogs qui partagent ce côté rebelle hors normes dans un monde opprimé.

La petite histoire, c’est que David Cage voulait originellement obtenir les droits de la musique « Heroes », et a organisé une rencontre avec l’artiste pour lui parler de son idée. Bowie, de son propre aveu, n’était pas un grand fan de jeu vidéo (bien qu’il avoua avoir lui aussi admiré Lara Croft). Supposément motivé par le sous texte rappelant la réincarnation bouddhiste, il se montre extrêmement passionné par le projet et veut y participer plus activement : au lieu d’une simple contribution passive, il en signera finalement une partie de la bande son (en plus d’avoir exigé d’y apparaitre en personne), dont 8 musiques totalement exclusives composées pour l’intro, les crédits de fin et les concerts de son groupe virtuel. Même si elles ne sortiront jamais en tant que BO de Nomad Soul, elle composeront la quasi totalité de l’album ‘hours…’ sorti en 1999, dans des versions (un peu) remaniées.


Et après ça, plus rien. bowienet.com fermera en 2006 sans grand bruit, et Bowie n’expérimentera plus avec le virtuel jusqu’à sa mort. Sans doute qu’il s’était lassé de cette aventure, entamant un nouveau tournant artistique comme il avait déjà tant fait précédemment. Ses soucis de cœur, culminant sur une crise cardiaque en 2004 qui le poussera à s’isoler médiatiquement y sont peut-être pour quelque chose. L’album « Hours… », son dernier des années 90, a d’ailleurs un petit côté meta, avec une pochette où un Bowie rajeunis regarde sa version cinquantenaire, morte, dans ses bras, comme pour signifier que cette phase de sa carrière est terminée. Cinq petites années et trois albums dans le parcours d’un artiste qui entamera ensuite une lente fin de carrière plus axée sur l’introspection que l’exploration.

Il aura une dernière présence vidéoludique dans Lego Rock Band, en 2009, pour jouer son tube « Let’s Dance » sous son look des années 80.

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