Nanashi No Game (« Le Jeu sans Nom ») est un jeu d’horreur développé par Square Enix et sorti en 2008 sur Nintendo DS.
Une rumeur se répand au Japon : un jeu maudit causerait au bout de sept jours la mort de ceux y ayant joué. Celui ci est présent sur la « TS » (Twin Screen), une console à double écran étrangement familière. Le joueur prends les traits d’un un lycéen de Tokyo chargé par la copine de son meilleur ami, ayant récemment disparu, de le retrouver : le couple avait pour habitude de s’envoyer régulièrement des notifications sur la console TS via le réseau infrarouge. Finalement décidé à rentrer dans son appartement de force, comme attiré par une force surnaturelle prenant la forme d’une ritournelle entêtante, notre personnage reçoit soudainement une notification pour sa console TS : pensant recevoir un message du disparu, c’est en fait un vieux RPG au nom illisible qui se télécharge sur sa console, où l’avatar de son ami semble avoir pris vie. Il le retrouve finalement mort dans sa chambre : en ayant suivi la musique et accepté le téléchargement du logiciel sur sa console, il s’est condamné, et devra déjouer la malédiction avant les sept jours fatidiques…


Entrainé contre son gré dans une course contre la montre accentuée par la disparition à son tour de la petite amie après que celle ci ait également joué au jeu, notre personnage n’a pas d’autre alternative que d’enquêter sur les créateurs du mystérieux logiciel, aidé par un professeur ayant dédié sa vie a ce mystère. Tous les développeurs de chez Uta-Soft, disparus depuis une décennie, hantent les lieux visités par le personnage, également accompagnés de leurs victimes, dont le couple récemment disparu. Corrompus par l’esprit maléfique les ayant assassinés, ils le narguent via le RPG, en se mettant en scène grâce aux avatars 2D représentant les personnages. Notre héros découvre rapidement que le logiciel maudit se forme autour de la réalité, comme un monde parallèle, et que ses plus grandes chances de survie seront de fréquemment avancer dans le jeu pour découvrir qui est responsable de la malédiction.



En arpentant l’histoire d’une entreprise de jeu vidéo oubliée par le temps, notre avatar vidéoludique confronte des âmes damnées piégées dans un prototype de RPG des années 90, corrompu par les glitchs, faisant un parallèle à l’univers impitoyable du développement des jeux vidéos japonais qui pouvait notoirement mener ses acteurs à bout par l’implication personnelle qu’elle exige. Présents dans le « monde réel » sous forme de fantômes mais incapables de communiquer, ceux ci ne peuvent maintenant plus que s’exprimer via le jeu, en prenant le rôle de PNJ qui essaieront d’aiguiller le personnage voulant libérer leurs âmes. Ils devront être contactés via le RPG, qui se met à jour à chaque avancée (symbolisé par le petit son de notification de la console) et reproduit fidèlement les lieux où le personnage est présent, servant donc également de carte pour se repérer. Mais attention : certains d’entre eux sont hostiles et essaieront de tuer le joueur à la première occasion, ce qui sera symbolisé par leurs dialogues vindicatif quand il les rencontre en 2D.

Comme vous l’aurez deviné, la « TS » éponyme est évidemment un parallèle à la Nintendo DS que tiens le joueur dans ses mains. Reprenant toute l’interface de celle ci (même si la DS originale ne permet pas d’envoyer de message par internet), elle sert de principal outil pour se défendre contre l’univers hostile que le personnage est forcé d’affronter : elle est l’objet hanté qui mène l’intrigue, servant d’intermédiaire pour communiquer avec le monde des morts. Au delà de servir de procédé narratif, elle permet aussi de faire un parallèle avec le joueur bien réel devant sa DS qui ne pourra jamais vraiment s’enlever un petit doute : est ce que lui aussi est train de causer sa perte en continuant à jouer malgré tous les avertissements? Ce personnage principal, sans vraiment d’identité, ne sert de toute façon que d’avatar au joueur réel, qui sera invité à l’appeler par son propre prénom.

D’abord présenté comme un jeu d’horreur pur jus, avec l’évidente référence a « The Ring » où le média maudit prédit la mort au bout de sept jours, Nanashi No Game est en réalité une œuvre centrée sur la mélancolie de ses protagonistes, laissant une grande place aux introspections de ceux-ci, le prouve la conclusion de l’intrigue mettant en lumière l’obsession d’un producteur de jeu vidéo ayant causé la mort de sa fille par négligence. Les ennemis ne sont d’ailleurs pas ici nommés des fantômes mais des « regrets », en anglais dans le texte, chacun symbolisant un traumatisme a apaiser pour permettre au joueur d’avancer dans sa quête. L’éditeur Square Enix joue sur sa propre histoire (Final Fantasy, Dragon Quest, entre autres) pour la corrompre.

Appuyant ce sentiment, le thème principal du jeu, une musique rendant hommage aux mélodies des RPG a la Dragon Quest, est d’abord perçu comme une ode a la gaité avant d’être progressivement rattaché à un sentiment de mélancolie mélangeant la peine des victimes avec la propre expérience du joueur sur les jeux retro, rappelant son enfance. Cette musique, présente régulièrement tout au long du jeu, permet aussi de symboliser le danger, offrant un ressenti contradictoire en étant le signe d’avancement de la corruption de l’univers du personnage principal tout en étant un hommage à une époque insouciante. Celle ci dure 4 minutes et 44 secondes, 4 étant le chiffre symbolisant la mort au Japon, le mot pour la mort en japonais « shi » pouvant se lire 4.
D’ailleurs, le symbole 七 (prononcer nana) du titre du jeu en hiragana (七詩) étant le chiffre 7 en japonais, combiné au « shi », il peut se lire « le jeu de la mort au sept ». « le jeu sans nom », en le lisant d’une autre façon, est donc « le jeu de la mort au septième jour » ((un japonophobe pourra me corriger en commentaires si besoin).
Malheureusement, Nanashi no Game n’est pas un jeu que je recommanderais forcément, malgré l’ambiance impeccable et l’histoire prenante. En effet, le gameplay étant peu précis, il est difficile de se mouvoir dans l’espace du fait des deux écrans montrant deux vues différentes en permanence, et les fantômes tuant le personnage en un seul coup a la moindre erreur sont très frustrants. Le level design, généralement des grands couloirs pour aller a un point A à un point B, n’est pas très passionnant, même si il reprends fidèlement certains lieux réels de Tokyo. J’applaudis cependant le fait de proposer une vue avec les écrans en mode « horizontal », ce qui est assez rare sur DS.

Il y aura un second jeu, qui n’est pas une suite directe, Nanashi no Game: Me, également sur DS. Celui ci reprends quasiment tous les éléments du premier en étoffant un peu l’univers (rajoutant un jeu de plateforme en plus du RPG), mais se termine malheureusement sur une fin ouverte délirante qui ne sera jamais résolue. Il existe également trois spin-off, deux sur DSi (Noroi no Game: Chi et Noroi no Game: Oku) en 2009 et deux sur IOS (Nanashi no Appli et 774 DEATHS) en 2012, reprenant l’esthétique 2D pour des mini jeux a l’intérêt assez limité. Les deux épisodes DS ne sont sortis qu’au Japon mais ont été traduits en anglais par des amateurs.
Deux ans plus tard, Masayoshi Soken, le compositeur du jeu, recyclera le thème de Nanashi no Game dans Final Fantasy XIV, en le transformant en chant des sirènes. Celui ci garde donc son côté envoutant mais symbolisant une mort imminente.
Il sera finalement distribué en 2018 comme une piste bonus, cette fois ci dans une version bien plus enjouée. On l’espère, pour symboliser la fin de la malédiction du jeu sans nom.